Forêt de chênes, pinèdes et maquis : la « petite Corse » hyéroise

Hyères chevauche la « Provence cristalline » et la « Provence calcaire », mais bien timidement pour la seconde qui prend naissance au Mont des Oiseaux. Sur les terrains cristallins, le sol est suffisant pour permettre une réparation des feux de forêt ou de maquis en quelques années. En outre, sa nature chimique favorise le chêne-liège, peu combustible dans sa combinaison ignifugée, et des « plantes-phénix » qui renaissent de leurs cendres en émettant de nombreux rejets à partir de la souche, telles que l’arbousier et la bruyère arborescente, ainsi que la bruyère à balais et quelques autres.

Les vieux massifs cristallins représentent l’essentiel des reliefs de la commune hyéroise, dont le territoire est particulièrement étendu : hauteurs des Maurettes, avec le point culminant du Fenouillet qui, comme son nom l’indique, sont un premier contrefort du massif des Maures, monts de Giens et des îles d’Or, Porquerolles, Port-Cros, île du Levant. Ils sont le domaine de la nature demeurée aujourd’hui encore la plus sauvage en Provence, même si elle diffère de ce qu’elle fut avant que l’homme n’y imprime ses nuisances.

Selon l’exposition, les coupes, les incendies, on y observe un patchwork de futaie de chêne blanc, de taillis de chêne vert, de pinède de pin d’Alep ou de maquis à bruyère arborescente et arbousier. Ces formations sont souvent peu pénétrables en dehors des sentes de chasseurs.

Les vacanciers connaissent d’autant plus mal ces massifs boisés que la canicule estivale dissuade de s’y aventurer. Quel dommage pour eux de ne pas découvrir Hyères aux quatre saisons !

L’automne fait resplendir les arbousiers, mêlant à leurs feuilles de laurier, oblongues, des baies aux airs de fraises et des fleurs en grelots, belles comme du muguet. C’est aussi la saison des champignons, cèpes et oronges sous les chênes, lactaires délicieux et lactaires sanguins sous les pins…

L’arbousier (Arbutus unedo L., 1753) présente la particularité de porter simultanément
des fleurs et des fruits – (CC) APG.

En hiver, la floraison ne s’arrête pas, grâce à des plantes opiniâtres comme le romarin, encore paré de ses fleurs bleues. Les collines sont plus verdoyantes que jamais. En effet, la douceur des températures, associée à la fin de la sécheresse, permet aux arbres et aux arbrisseaux, mêlés de lianes, de conserver leur feuillage. Comme le port buissonnant de ces plantes, leurs petites feuilles coriaces et persistantes traduisent à la fois les bons et les mauvais effets du climat méditerranéen. Contrairement aux touristes, nos forêts et nos maquis souffrent des rigueurs de la période estivale et marquent une nette préférence pour ce qu’il est convenu de nommer (ailleurs…) la « mauvaise saison ».

Dès le printemps, de nombreuses plantes à bulbes ou à tubercules égayent les sous-bois de leur floraison souvent vivement colorée, depuis la grande asphodèle aux fleurs blanches veinées de brun, jusqu’aux petites orchidées, protégées mais posant coquettement pour la photo, très variées, toujours belles, parfois rares, toutes un régal pour les naturalistes. Diverses espèces d’ophrys, aux déguisements d’insectes, sont les plus étranges de ces créatures insolites.

L’ophrys de Bertoloni (Ophrys bertolonii Moretti, 1823) – (CC) Marc VIDAL/APG.

Pierre VIGNES