Une histoire géologique que racontent pierres et paysages…

Géologie simplifiée de la Presqu’île de Giens.
Carte d’après Jean SOUGY
.

Hyères, Giens et les îles correspondent à un bâti géologique varié dont on peut lire l’histoire à travers les pierres et les paysages, de 500 millions d’années à nos jours.

Sur les trois chaînes de montagnes qui se sont formées lors de l’affrontement de plaques continentales en Europe, les deux dernières sont présentes dans la commune: la chaîne hercynienne (on « varisque », 320-300 Ma) et la chaîne alpine (ou « alpino-himalayenne », 70-30 Ma).

Il y a là et dans les environs un merveilleux musée naturel qui peut être expliqué aux écoliers et aux lycéens et intéresser certains visiteurs. Cette variété des terrains entraîne une grande diversité des sols et en conséquence de la végétation naturelle et des cultures.

Hyères se situe à l’exacte limite de la « Provence cristalline » et de la « Provence calcaire » (et argileuse).

Géologie simplifiée de la Provence
[Carte d’après Michel CRIVELLARO/www.passionprovence.org]
.

La « Provence cristalline », d’âge primaire, est constituée de sédiments formés entre 500 et 350 Ma, ensuite enfouis, métamorphisés et fortement déformés vers 320 Ma lors de la formation de la chaîne hercynienne. Tout le massif des Maures en est constitué et son extrémité occidentale se situe précisément dans la commune, sous la forme des sommets du château de Hyères, du Fenouillet et des Maurettes.

On retrouve ses schistes et ses quartzites à Giens et dans l’ensemble des îles. Ils constituent de vives arêtes dans le paysage. À Giens, les plis complexes dus aux déformations hercyniennes, repliés plusieurs fois, sont spectaculaires pour ceux qui savent les voir… ou se les faire montrer.

Les quartzites du Fenouillet sont les mêmes que ceux du cap des Mèdes, à Porquerolles. L’APG y a d’ailleurs retrouvé en 2012, dans des phyllades, des fossiles de graptolites du Silurien, d’environ 420 à 440 Ma, parfaitement identiques à ceux décrits depuis longtemps au Fenouillet – [Réf. : BOIVIN, S., LAVILLE, P. & SOUGY, J. (2012) Confirmation et description d’une espèce de graptolite dans l’île de Porquerolles (Var, France), Sci. Rep. Port-Cros natl. Park, 26: 239-241 ] –. Leur présence à cet endroit avait déjà été mentionnée par le passé, mais jamais formellement documentée et on avait perdu leur trace. Les graptolites restent à ce jour les seuls fossiles primaires connus du massif des Maures.

En fait ces terrains anciens se prolongent à l’ouest, sous la Provence calcaire, plongeant progressivement jusqu’à six à huit kilomètres de profondeur sous le Rhône et la Camargue, et réapparaissant ensuite dans le Massif central, où ils sont remontés par une succession de failles.

La « Provence calcaire », à l’ouest de la commune, est quant à elle constituée de terrains plus récents, dont les âges s’échelonnent de la fin de l’ère primaire (Permien) à celle de l’ère secondaire (Crétacé). Elle comporte une couverture sédimentaire, d’abord d’argiles et de grès continentaux provenant de l’érosion, entre -290 à -210 Ma de la chaîne hercynienne, et dont les affleurements rouges, propices aux vignobles, affleurent bien de l’Almanarre à Carqueiranne, comme dans toute la dépression (« fossé permien ») qui s’étire de Toulon au Luc.

Le reste de l’ère secondaire (Jurassique et Crétacé) est marqué par une transgression de la « Mer alpine », qui pendant près de 100 Ma va recouvrir la région de ses eaux chaudes et profondes, ce qu’on sait par les nombreux fossiles qu’on y a découverts (dont un énorme Ichthyosaure au Thoronet), et de dépôts calcaires marins et récifaux, très visibles aux monts Coudon et Faron, près de Toulon.

La fin de l’ère secondaire (vers -70 Ma) correspond au début des grandes déformations alpines, qui ont laissé leurs traces au Mont des Oiseaux et au Paradis, dont les séries calcaires ont été déplacées en nappes venant manifestement d’ailleurs.

Au Tertiaire, puis au Quaternaire, la chaîne alpine connaît à son tour une destruction érosive. Les mouvements tectoniques en Méditerranée écartent l’axe Corse-Sardaigne de la masse du continent et creusent une mer profonde dans l’intervalle qui les sépare de plus en plus des Maures. Les fonds marins face à Giens descendant vite à -2500 mètres.

Enfin, l’histoire récente (à l’échelle géologique…) est quant à elle surtout marquée par les fluctuations du niveau marin et du climat.

Jean SOUGY

____________________
Notes et références